Après l’interview de Meg au sujet des méthodes pour débuter les histoires, j’avais envie d’écrire un article un peu dans le même genre, mais en prenant le problème dans l’autre sens : ce qu’il faut éviter pour commencer son récit.

Alors, bien entendu, tout ceci est très subjectif. Ce n’est que mon humble avis, sachant que je me base autant sur mon expérience d’auteur, mais (et surtout) de lecteur. Notez aussi qu’écrivant et lisant du fantastique, du thriller, de la fantasy, de l’horreur et de la science-fiction en règle générale, mes propos auront surtout du sens dans ces genres-là. De plus, les points que je vais aborder, en plus d’être contestables (sous couvert d’une argumentation pertinente), ne sont pas les seuls. Si vous en voyez d’autres, n’hésitez pas à m’en faire part dans les commentaires.

Ceci étant dit, commençons !

 

1)   Le prologue de soixante pages

 

Je l’ai déjà abordé dans l’interview. Alors lui, on le voit souvent dans les premiers écrits de fantasy ou de SF. Moi-même, quand je me suis essayé à la fantasy dix ans en arrière, j’ai eu ce premier réflexe de vouloir tout dépeindre au lecteur. « Eh bien oui, je dois bien planter le décor, sinon il ne va pas savoir de quoi je parle ! » Alors c’est parti pour dix siècles d’histoire-géo sur le monde qu’on a créé de toutes pièces. Des noms de pays ou de planète, des communautés, des religions, des guerres, des inventions, des faits héroïques… Bref, un énorme flot d’informations pour le lecteur qui à la fin va se dire : « Wouah, c’est super riche »… et qui aura oblitéré la moitié une fois le premier chapitre commencé.

Ce prologue, selon moi, c’est à bannir.

Je pense que si on débute de cette façon, c’est parce que beaucoup de films de SF et de fantasy démarrent avec une rétrospective de ce genre pour introduire l’univers. L’exemple type étant Le Seigneur des anneaux de Peter Jackson. Sauf que la littérature, ce n’est pas le cinéma. Vous allez me dire, « mais Tolkien aussi a fait une grosse introduction dans le premier tome du Seigneur des anneaux » Absolument… et c’est pas une raison pour en faire de même. Pour moi, Tolkien n’est pas (plus) un exemple à suivre pour écrire de la fantasy moderne — mais je m’égare.

Donc, pourquoi ne pas faire ce prologue qui fera un tiers du livre ? Déjà, aucune inquiétude, le lecteur ne sera pas perdu. Avant d’ouvrir votre livre, il aura normalement vu la couverture, lu le résumé, et saura dans quoi il va s’engager : fantastique, fantasy, SF… romance. Le pacte fictionnel sera signé et il sait qu’il aura droit à de l’elfe ou de l’alien (voire les deux).

De plus, dans 99% des cas, toutes ces informations balancées en introduction, si elles ont une utilité dans votre histoire, vont forcément se retrouver dans celle-ci à un moment ou à un autre. Donc pas besoin d’en parler dès la première page, puisqu’en toute logique, lorsque le protagoniste va y être confronté, vous allez aborder le sujet. Ce qui me permet de rappeler ma règle d’or (enfin, celle que j’essaie de suivre quand j’écris une histoire dans un monde totalement inventé) : c’est l’action qui amène le décor. C’est quand le héros arrive dans la ville qu’on parle de la ville. C’est quand le héros est confronté à tel problème qu’on parle du problème. C’est quand le héros découvre l’enjeu qu’on parle de l’enjeu.

Et enfin, vous l’aurez compris, un prologue pareil, même si votre univers est génial, n’a aucune dynamique et rend la lecture lourde, indigeste.

 

2)   L’analepse ou la prolepse pour faire style !

 

En parlant de se la jouer, je fais pareil avec mes termes techniques. Donc arrêt sur image pour expliquer rapidement ce qu’est l’analepse et la prolepse.

L’analepse est un retour en arrière sur le récit en cours. Ça peut être une simple mention, vague ou précise, ou carrément une scène, un chapitre entier. Pour caricaturer, c’est l’équivalent du flash-back au cinéma.

Et la prolepse, c’est tout aussi facile, c’est l’inverse. C’est faire référence à un évènement qui n’a pas encore lieu dans le récit principal.

Et donc, plusieurs auteurs utilisent ce procédé pour commencer leur roman. Alors, contrairement au premier point qui, selon moi, peut être banni sans hésitation, celui-ci peut être employé dans des cas bien précis, pour créer un effet de surprise, un twist important, voire même THE coup de théâtre de l’histoire. Il doit vraiment avoir une utilité cruciale dans la construction du livre.

Par contre, si c’est pour faire du rentre-dedans, annoncer la couleur, planter l’ambiance, mais qu’il n’y a aucun écho dans le reste du pavé, ou qu’on va revoir cette même scène deux chapitres plus loin, l’intérêt est moindre, voire nul. Autant commencer par le début, tout simplement.

 

3)   La phrase ou la conversation putassière !

 

Pardon pour la vulgarité, mais ça définit tellement bien ce dernier point. Comme pour l’argument précédent, il est tout de même possible de commencer un roman ou une nouvelle avec une interrogation ou une phrase d’accroche, qui sera le ou l’un des éléments clés du texte. Bernard Werber démarre souvent ses livres par une question et le récit en est la réponse (avec arguments, contre-arguments et ainsi de suite).

Selon moi, ce qu’il faut éviter cependant, c’est un dialogue ou une phrase impulsive. Commencez par « Mais enfin, c’est quoi ce bordel ? » (si, si ça existe), c’est une introduction dynamique (ce qui est un bon point) mais totalement sans contexte, isolé, et avec un impact minime (ça peut même être puéril, donc attention avec ça).

Pareil pour le dialogue. Si les échanges entre personnages apportent une impulsion au récit, commencer celui-ci de cette façon, sans un minimum de mise en place, lui fera perdre de son efficacité.

 

Merci d’avoir lu cet article. Encore une fois, je rappelle que ces arguments ne sont pas des paroles d’évangile… et je suis sûr qu’il y a plein d’autres méthodes plus efficaces pour commencer un récit. D’ailleurs, n’hésitez pas à me dire ce qu’est pour vous un bon début d’histoire.

Je vous dis à la prochaine.

Et passez un très bel été.